Preview Fan Studies et Gender Studies : la Rencontre

Nous sommes ravis de vous présenter la première réalisation officielle du Groupe de Recherche en Etudes de Fans : un ouvrage sur la rencontre en deux champs disciplinaires majeurs en études culturelles, les Fans Studies et les Gender Studies. Il est coordonné par Arnaud Alessandrin et Mélanie Bourdaa.

Cet ouvrage entend saisir ce que les études de fans font au genre et ce que le genre fait aux études de fans. L’approche est pluri-disciplinaires, les terrains variés (musique, séries télévisées) et les objets nombreux (fan fiction, vidding, Tumblr,…).

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Le sommaire est disponible ci-dessous. L’ouvrage sera édité aux éditions Téraêdre et a reçu le soutien du Laboratoire MICA.

AAC Journée d’études The CW / CFP one day symposium The CW

Nous organisons avec Claire Cornillon et Shannon Wells-Lassagne une Journée d’études entièrement consacrée à la chaîne américaine The CW. Les communications pourront traiter de la question gender, de la réception et des publics fans, des stratégies marketing, de l’histoire de la chaîne.

L’Appel à communication est disponible ci-dessous en français et en anglais. Lire la suite

Parution Dossier « Fan Studies » dans RFSIC n°7

Le Dossier sur les « Fan Studies dans le monde francophone » vient de sortir dans la partie Emergences de la Revue Française des Sciences de l’Information et de la Communication.

La volonté de ce dossier était de mettre en avant le dynamisme de la recherche francophone sur les fans, et de faire de ce champs disciplinaire un champs à part entière en Sciences de l’Information et de la Communication.

Nous restituons ici l’introduction rédigé par Mélanie Bourdaa. Le dossier complet est disponible en ligne ici https://rfsic.revues.org/1462

Les fans studies en question : perspectives et enjeux[1]

Mélanie Bourdaa, Maitre de Conférences à Bordeaux Montaigne, Laboratoire MICA

Marginalisés jusqu’aux travaux pionniers de Henry Jenkins, Lisa Lewis et Camille Bacon-Smith (1992), les fans acquièrent aujourd’hui une nouvelle reconnaissance et une nouvelle visibilité grâce à la réappropriation des nouvelles technologies dans lesquelles ils voient un moyen d’exprimer leur créativité et de se retrouver dans une même communauté (Bourdaa, 2012).

Les fans à l’heure de la convergence technologique

Depuis l’introduction des nouvelles technologies dans le paysage médiatique et principalement audiovisuel, plusieurs chercheurs anglo-saxons ont concentré leurs recherches sur le phénomène des fans à l’heure de la convergence numérique (Booth, 2010 ; Jenkins, 2006 ; Hills, 2002). Nancy Baym (2000) a proposé la notion de « communauté de pratiques » et Wiltse (2004) celle de « communautés d’affiliation » afin de mettre en évidence les activités créatrices et collaboratives des fans sur Internet dans un lieu commun, le fandom. Sharon Marie Ross (2009) pointe l’importance de l’appartenance à une communauté interprétative active et spécialisée. Roberta Pearson (2010) grâce à une étude empirique auprès de fans de séries télévisées, a montré que l’évolution numérique a eu un profond impact sur la culture fan et a brouillé les frontières entre production et réception. Cela rejoint les affirmations de Jenkins, « les fans de médias sont des consommateurs qui produisent, des lecteurs qui écrivent et des spectateurs qui participent » (Jenkins, 2008 : 212).

En France, le phénomène des fans est de plus en plus étudié en sociologie des publics mais également en Sciences de l’Information et de la Communication, deux champs de sciences humains et sociales qui convoquent des approches et des méthodologies pluridisciplinaires. L’étude pionnière ethnographique de Dominique Pasquier (1999) sur l’analyse de la réception de Hélène et les Garçons par un public adolescent a ouvert la voie à plusieurs études. Cette recherche a permis de mettre en évidence la série comme phénomène de socialisation auprès des jeunes téléspectatrices. Elle écrit que « la famille constitue le premier cercle de sociabilité télévisuelle. La télévision est ensuite l’objet d’échange dans une multitude d’autres communautés sociales, à l’école, sur le lieu de travail, dans le voisinage, dans les lieux de loisirs ou de vacances. Elle est aussi l’objet de nombreuses pratiques collectives : jeux de rôles, échanges de d’objets, de jouets, de vêtements, d’images » (Pasquier, 1999 : 177). Dominique Pasquier mettait déjà l’accent sur ce qui fait la force du fandom : une communauté, des pratiques de réception actives, des activités collaboratives. Dans son sillage, Philippe Le Guern (2002) proposait dans un ouvrage collectif différentes analyses du phénomène en le rapprochant des œuvres (musicales, audiovisuelles) cultes. Plus récemment (Le Guern, 2009), il pose la question de la légitimité des études de fans, en s’appuyant sur un état des lieux structurant des études sociologiques des publics. Patrick Flichy (2010) reprend les théories anglo-saxonnes des études de réception et de fan et met en avant le fait que les nouvelles technologies ont favorisé un « sacre de l’amateur » et un développement communautaire sur Internet. De jeunes chercheurs (Bourdaa ; François ; Martin ; Peyron) s’attachent quant à eux à analyser le phénomène des cultures fan et geek sous l’angle de l’activité créatrice et de la production d’œuvres (fanfictions, mashups, remix).

Les fans à l’heure de la convergence culturelle

Les fans représentent non seulement un exemple de créativité mais également de performance et d’engagement en ce qui concerne les pratiques sociales et culturelles. La réception n’est plus juste assimilée à une consommation d’un produit culturel mais aussi à un déplacement continu entre créativité, choix tactiques, engagement (et parfois, refus, cela va de soi), et construction identitaire. La culture fan est une culture de la participation à travers laquelle les fans explorent et questionnent les idéologies de la culture de masse, en se positionnant parfois à l’intérieur et parfois à l’extérieur de la logique culturelle du divertissement commercial.

Les nombreuses activités qu’ils « performent » à l’intérieur de leur communauté et qu’ils font circuler (Jenkins et al. 2013) dans la sphère publique témoignent de leur productivité et de leur réflexivité. Nous avons proposé une typologie de ces activités, pour mettre en valeur la production de contenus des fans, que nous déclinons en 5 catégories. La première catégorie met en avant la création du lien social, à l’œuvre dans la création même de la communauté virtuelle. Ce lien social se retrouve également lors des conventions de fans mais également dans le phénomène du live-tweet, qui recrée une pseudo expérience de visionnage communautaire à travers la création de hashtags officiels (émanant de la production elle-même) ou non officiels (émanant des fans eux-mêmes invitant souvent à une lecture ironique ou décalée du programme[2]). Les fans peuvent également jouer le rôle de médiateur culturel à travers l’activité du fansubbing[3]. Ce travail en équipe bien rôdée (Bourdaa, Cholet, 2014), datant des années 80 et de l’avènement des Manga et anime japonais, permet aux fans de légitimer les produits culturels en les proposant en version originale sous-titrée sur le modèle de la cinéphilie. Ils permettent également à des produits culturels nationaux de circuler dans d’autres espaces culturels. L’intelligence collective (Lévy, 1994) est également à l’œuvre dans les activités de fans. Elle est particulièrement mise en évidence dans la réception d’univers narratifs transmédiatiques (Jenkins, 2006) éclatés sur plusieurs plateformes médiatiques. Les fans créent alors des wiki, véritable encyclopédie de l’univers narratif, agrégeant leurs découvertes sur une même plateforme collaborative (Mittell, 2009). La quatrième catégorie relève de la créativité, inhérente à toute communauté de fans productrice de contenus. Cette créativité peut être symbolisée par l’écriture de fanfictions, l’édition de fanvidéos, le montage de fanarts, la mise en place de Tumblr par exemple, révélant ce que Jenkins a nommé le « phénomène de performance » (Jenkins, 2012). La dernière activité concerne l’engagement civique et l’activisme (Bourdaa, 2015). Les fans redirigent alors leur énergie vers la défense de causes caritatives, sociales ou politiques. C’est ce que Andrew Slack co-fondateur de la Harry Potter Alliance appelle « l’acuponcture culturelle », qui favorise une participation civique en s’inspirant des problèmes de la fiction pour résoudre des problèmes de la vie réelle.

Les fan studies en perspective

Les enjeux liés aux études de fans sont explorés en quatre thématiques, qui proposent des pistes méthodologiques et théoriques pour mieux appréhender les analyses sur les fans, leur identité et leurs activités.

Pour ouvrir ce dossier, Henry Jenkins, pionnier des études de fans, propose un panorama historique sur les études de fans et un regard croisé avec les études de genre, mettant en avant l’apport de la pluridisciplinarité à ce champ de recherche. Remontant aux origines, Jenkins souligne l’importance des études féministes pour comprendre les fonctionnements des fandoms. En considérant le futur des études de fans, Jenkins propose de « se pencher sur les zones encore non explorées », pour lui les fans de minorités ethniques et sexuelles.

La deuxième partie du dossier pose la question de la légitimité de l’ « aca-fan », un terme controversé désignant des chercheurs analysant les communautés de fans auxquelles ils participent. Cécile Cristofari et Matthieu J. Guitton reviennent sur le paradoxe de l’aca-fan, à savoir l’ambivalence entre la position d’observateur participant à une communauté qui « représente un bénéfice non négligeable » et la prise de recul nécessaire pour cette analyse académique. Cependant, pour les deux chercheurs, cette position de recherche pose des questions théoriques, méthodologique mais également éthiques notamment dans le contexte de convergence technologique et culturelle des fan studies actuelles. De leur côté, Céline Lacroix et Bruno Cailler souligne la mise en tension permanente entre les discours produits par les fans eux-mêmes et ceux produits par les universitaires sur les productions des fans. En prenant comme étude de cas un dispositif transmédiatique, et en utilisant une approche sémio-pragmatique, ils montrent comment « La question de l’individualité d’un auteur est déplacée vers la question d’un collectif d’écriture, plus finement vers des agencements collectifs d’énonciation ».

La troisième partie interroge précisément ce point de tension entre individualité et collectif dans les pratiques et communautés de fans. Pour David Peyron, le fait même de choisir un nom de communauté participe de l’effet identitaire des fans, de leur mobilisation, parfois activiste comme cela est le cas pour les Little Monsters fans de Lady Gaga, à l’heure de la convergence technologique, et de leur existence même. Parfois, cela met en tension les rapports entre fans et industries culturelles, dans un phénomène de résistance, ou de réappropriation, propre aux cultures fans. En s’appuyant sur une étude empirique de 3 ans sur les School Shootings sur la plateforme de vidéo participative YouTube, Nathalie Patton revient sur le phénomène identificatoire aux tueurs. Cette construction identitaire des fans par la violence individuelle est mise en tension avec limites des injonctions contemporaines à l’individuation.

La dernière partie du dossier offre un support méthodologique pour analyser la culture fan. Dans un premier temps, Lozano Delmar, Sanchez-Martin et Plaza tentent de dresser un portrait robot du fan espagnol. La méthodologie quantitative et statistique obtenue via la mise en ligne d’un questionnaire ouvert sur les réseaux sociaux et son traitement avec un logiciel spécifique permet de mettre en évidence les qualités socio-démographiques, participatives (ou non) et consommatrices des fans en Espagne. Il en ressort que « la composante sociale coïncide avec le concept d’audiences actives et participatives mais aussi avec l’activisme, caractéristiques de ce type de spectateur (Jenkins, 2010), en plus de contraster (avec les options de loisir) avec les vieux stéréotypes culturels qui cataloguent le fan comme « culturellement limité, comme un inadapté socialement et comme un consommateur ignorant ». (2010: 37) ». Enfin, Claire Cornillon, à travers une étude de cas des Previously On dans la série fantastique américaine Supernatural, montre les régimes de références à l’œuvre dans les créations de fans mais également, par renvoi et par miroir, dans les productions officielles des producteurs. Un aller-retour permanent entre productions canoniques et productions faniques permet de nourrir la construction de régime de valeurs communes pour les fans.

Bibliographie

Baym N., 2000, Tune in. Log on. Soaps, fandom and online community, Londres, Sage Publications.

Booth P., 2010, Digital Fandom. New media studies, New York, Peter Lang.

Bourdaa M., 2015, « Les fans de Hunger Games : de la fiction à l’engagement », InaGlobal, http://www.inaglobal.fr/cinema/article/les-fans-de-hunger-games-de-la-fiction-lengagement-8191?tq=3 (consulté le 28 aout 2015)

Bourdaa M., Chollet M., 2014, « Sous-titrage en séries », Le Monde Diplomatique

Bourdaa M., 2012, « Taking a break from all your worries : Battlestar Galactica et les nouvelles pratiques télévisuelles des fans », Questions de Communication, n°22. pp. 235-250.

Flichy P., 2010, Le sacre de l’amateur. Sociologie des passions ordinaires à l’ère du numérique, Paris, Editions du Seuil « La République des idées ».

François S., 2009, « fanf(r)ictions. Tensions identitaires et relationnelles chez les auteurs de récits de fans », pp. 157-190, Réseaux « Passionnés, fans et amateurs », n°153.

Jenkins H., 2008, « La filk et la construction sociale de la communauté de fans de science-fiction », pp. 212-222, in Glévarec H., Macé E, Maigret E., dir., Cultural Studies. Anthologie. Paris, Armand Colin / INA.

Jenkins H., 2006, Convergence Culture. Where old and new media collide, New York, NYU Press.

Jenkins H., 2012, « ‘Cultural Acupuncture’: Fan Activism and the Harry Potter Alliance. », Transformative Works and Cultures, « Transformative Works and Fan Activism », no. 10. doi:10.3983/twc.2012.0305. (consulté le 28 Aout 2015).

Le Guern Ph., dir, 2002, Les cultes médiatiques. Culture fan et œuvres cultes, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

Le Guern Ph., 2009, « No matter what they do, they can never let you down…Entre esthétique et politique : sociologie des fans, un bilan critique », pp. 19-54, Réseaux « Passionnés, fans et amateurs », 27, n°153.

Lévy P., 1994, L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace, Paris, La découverte.

Mittell J., 2009, « Sites of participation: Wiki fandom and the case of Lostpedia », in Journal of Transformative Works and Cultures, n°3. Disponible en ligne http://journal.transformativeworks.org/index.php/twc/article/view/118 (consulté le 28 Aout 2015).

Pasquier D, 1999, La Culture des Sentiments, Paris, Maison des Sciences de l’Homme.

Peyron D., 2013, La Culture Geek, Limoges, Fyp Editions collection  « Innovation ».

Wiltse Ed, 2004, « Fans, geeks and nerds and the politics of Online Communities », Proceedings of the Media Ecology Association, 5.

[1] Nous remercions les membres du Comité Scientifique de réseau GREF (Groupe de Recherche sur les Etudes de Fans) pour leurs évaluations des articles soumis. https://etudesfans.wordpress.com/comite-scientifique/

[2] Les fans de la série télévisée Pretty Little Liars se retrouve autour du hashtag #BooRadleyVanCullen lors de la diffusion des épisodes pour partager leur expérience de réception ironique, se moquant des intrigues et des personnages. Ce hashtag est seulement connu des fans, renforçant ainsi le sentiment d’appartenance à une communauté.

[3] Sous-titrage des épisodes d’une série, d’un film, d’un anime par les fans

Entretien avec Emmanuelle Debats à propos de « Citizen Fan » – Part 2

Voici la suite de l’entretien sur le webdocumentaire « Citizen Fan » avec sa réalisatrice Emmanuelle Debats.

  1. Vous avez choisi de créer un webdocumentaire, en proposant des galeries de portraits mais également des productions de fans. Quel était pour vous l’avantage de cette plateforme non linéaire ?

Les avantages sont multiples.

Le premier d’entre eux est que je ne pouvais pas parler d’une création qui vit en ligne, sur un média qui l’ignore…(pour le moment !). J’aurais aimé avoir un extrait, une version, diffusée un soir, par exemple après Castle, quelques mots sur la fanfiction… mais France 2 a rejeté l’idée, disant qu’il n’y avait pas « d’histoire ». C’est étrange. Pour moi, c’est la meilleure des histoires. Elle concerne tout le monde et surtout les responsables de la télévision…

La grande tristesse des documentaires linéaires c’est tout ce qui est laissé de côté parce que ça ne tient pas dans le temps qui nous est accordé. Avec le format du webdoc et avec l’équipe de France Tv nouvelles écritures, j’ai eu une liberté totale quant au contenu.

Pour ce qui est de la galerie de portraits, je pouvais proposer plusieurs parcours. Un internaute pressé, en cliquant au hasard, voit un seul portrait, représentant, selon moi, le phénomène. Avec cette différence que d’entendre Myu parler de slash orientera l’analyse qu’on fera de la fanfiction, un petit peu différemment d’une écoute de ce qu’en dit La Silvana. Cet aléatoire m’amuse plutôt.

J’espère que les internautes auront la curiosité de revenir voir d’autres personnages au fil du temps, le webdoc est là sur la durée : 7 ans !

Je ne voulais pas écourter les témoignages, je préfère avoir un peu de temps et entrer dans leurs vies. Je ne voulais pas les juxtaposer. Je voulais créer une impression de profusion et de nombre. Ces notions font partie de ce qu’est le fandom. J’ai donc évité sauf pour les mots de la préface (les thèmes) de les monter ensemble.

Il était crucial aussi pour moi que l’on puisse quitter un des portraits de Citizen Fan, en cliquant sur une illustration dans une interview. Ce clic vous emmène vers la galerie Deviantart source de cette illustration. Et peut-être ne reviendrez-vous plus sur Citizen Fan … C’est aussi mon travail : faire connaître les lieux de créations de fans.

La galerie « Explorer », contributive, est aussi une façon de parler du sujet. En tant que spectateur, vous pouvez vous mettre dans la peau d’un fan et poster une fanfic ici. Pour comprendre un sujet, je fais confiance à l’empathie (à travers les Portraits) et au fait de voir et de participer ou au moins d’y être incité ! (dans la galerie des Univers et le Musée).

  1. Comment avez-vous rencontré les fans interrogés ?

En grande majorité, je les ai rencontrés à travers deux réseaux :

Le réseau de BlackNight, qui est l’admin du « Castle French Board » et qui est aussi une fanartiste complète, très respectée et influente. Elle est une experte en séries et en jeux vidéo. Pour ce qui est de ce réseau, j’ai été contrainte de parcourir la France, car très peu de fans de cette série vivaient en région parisienne. J’ai fait ces repérages en train, et les fans venaient me chercher à la gare. Il y avait un post sur le FrenchBoard , consacré à mon documentaire et qui suivait un peu mon trajet. On peut y lire des phrases comme « Emmanuelle est passée hier à Mont de Marsan, elle allait sur Bordeaux », « Elle va à Strasbourg, Mulhouse », etc… J’ai fini par être assez connue des fans de Castle.

Le réseau d’Alixe, auteur de Fanfictions Harry Potter et créatrice de « FFNET moded’emploi », qui est un site que je dirais un peu « culte » pour mon avis… Alixe a aussi été impliquée dans la création du FOF « Forum Francophone de FFNET » et elle connaît les créateurs de la « Ficothèque Ardente », par exemple, et entre autres…

Ensuite, pour les jeux vidéos et Star Wars, je suis passée par le réseau d’un des amis d’Orphée, Damien Minet qui participe à des vidéos youtube et évolue dans le milieu du doublage. Il m’a permis de rencontrer Arnaud Miralles, Myriam et WahWah.

Natacha Guyot m’a été présentée par Francesca Coppa, que j’avais contactée quand j’ai voulu évoquer AO3 et OTW . Natacha est une des françaises qui connaît le mieux ces organisations historiques et militantes.

Jeanne, d’Obscurus Presse est dans le réseau des Geek Faeries. J’étais aller les filmer, lors de leur première version « On the Web » et elle avait accepté de témoigner.

J’ai rencontré plus de cent personnes. C’était assez facile et je dirais même assez envoûtant. Il y a quelque chose de très plaisant à se rencontrer « en tant que fan ».

Après un premier contact par email, j’ai dans la mesure du possible, préféré les rencontrer sans caméra, et nous avons eu d’assez longues discussions préparatoires.

  1. La plupart des œuvres dont il est question sont anglo-saxonnes, ou japonaises. Pourquoi selon vous ? Est-ce qu’il y a une raison à cela, concernant l’univers créé, les personnages,… ?

J’ai été très choquée de découvrir ça en effet. J’ai fait plein d’hypothèses.

Première hypothèse : la force du marketing auquel l’imaginaire opposerait une résistance.

Nous baignons tous aujourd’hui dans une culture industrielle à dominante américaine et japonaise. Les fans comme tout le monde. Il y a dans ces industries, un grand savoir-faire qui séduit, qui tient le coup sur la durée. Je sais bien que les archétypes et les mythes utilisés sont sans âge et sans nationalité, mais je me suis tout de même dit que les auteurs de fanfictions formaient comme une sorte de « résistance » à ce matraquage culturel. Elimor l’exprime bien dans son interview.

« Pour arrêter de subir, on écrit une variante, sa variante à l’histoire qui est bombardée par le marketing ».

Jeanne appelle ça « la face obscure de harry Potter ». Vanessa le dit à sa manière « c’est par la création qu’on sort de l’addiction, sinon ça ne serait pas viable ».

Peut-être que nos auteurs répugnent à plaire au plus grand nombre ou à faire des archétypes puissants ? Peut-être n’est-ce pas valorisant à leurs yeux ?

La langue compte aussi, si une auteur d’héroïque fantasy française a du succès, ça restera limité à la sphère francophone. Peut-être que les fans aiment le fait d’atteindre à toutes les parties du globe ? Je pense que le succès du canon est indispensable pour que le fandom crée.

Seconde hypothèse : la France ne fait pas imaginer.

La Silvana m’a dit « clairement en France, il y a une culture qui vaut la peine et une culture qui ne vaut rien ! ».

Je me demande si celle qui est censée « valoir la peine » aujourd’hui, sera morte, oubliée, dès demain ? J’ai demandé à chacun de mes persos, quels livres ils avaient lus, quels films, ils aimaient etc…Je voulais comprendre les raisons de ce paradoxe. Ils ne s’approprient pour la transformer que de la « matière première » américaine et japonaise.

Est-ce parce que la « matière première » française leur paraît trop proche d’eux-mêmes et ne les fait pas rêver ? Ne leur fait rien imaginer ?

J’ai été frappée de les entendre quasi unanimement me dire à quel point ils n’avaient pas de goût pour la culture « classique» française. Ils y sont même hostiles parfois. Ils ont, pour certains, de mauvais souvenirs de la lecture à l’école et aucun n’a jamais envisagé d’écrire grâce à l’école.

Plusieurs ont parlé de leur parcours scolaire de type « voie de garage » (pour reprendre une expression qu’on m’a dite plusieurs fois) ou d’« erreur d’orientation » mais je ne peux pas généraliser.

Mais il faut tout de même bien redire que la censure culturelle et la censure légale tout simplement , sont moins fortes avec des canons US et Japonais. (Essayez de faire une transformation de Tintin !!)

Les plateformes sont US (même s’il faut saluer les sites comme fanfictions.fr ).

Les grands évènements : 50 shades , Amazon Kindle worlds etc…

Les univers.

Vous évoquez « Les univers » créés aux USA. Je suppose, car je ne les connais pas très bien, qu’ils sont cohérents avec une sorte de mythologie, qui résonne et qui se répond. Je veux dire qu’un amateur de Comics et de Science Fiction va apprécier la saison 2 de MLP. Elle va lui parler. Les clins d’œil foisonnent dans toutes les séries. L’appropriation culturelle n’est pas que l’apanage des fans, aux USA, les scénaristes fanfictionnent comme ils respirent et font des crossovers à longueur d’année…

Les personnages.

Les personnages archétypaux d’anciens canons français sont pourtant parfois perceptibles. Moi, je vois « Belle et la bête » dans « 50 shades », je devine « Les mystères de Paris », « le fantôme de l’opéra »,  « les Misérables », « Mademoiselle de Maupin » , comme en transparence, quand on les connaît mais ….ils datent… Il faudrait oser moderniser Arsène Lupin, comme la BBC l’a fait avec Sherlock…

  1. Le musée des productions fans offrent un large éventail de leur travail et de leur créativité que l’on peut aussi explorer par univers (Comix, séries, TV, fantasy, SF,…). Comment appréhendez-vous ce travail des fans ?

Le travail des fans est massif et sans limite. Inattendu. Parfois incompréhensible. Ce qu’il fait c’est qu’ il remet les canons à leur taille historique : infiniment petite.

C’est ce qui me frappe le plus. Encore une fois, avant je regardais le canon et ma vue n’allait pas plus loin. Aujourd’hui, on voit les créations de fans , elles font comme une longue traîne en honneur à ce canon, qui lui, semble devenir de plus en plus petit.

J’espère que le Musée de Citizen Fan va bien se remplir, au fil du temps.

Le système de classement et les filtres dans le MUSEE sont imparfaits et témoignent de mon manque de maîtrise des canons, du moins c’est ce que certaines fans m’ont dit.

Je voulais qu’il y ait Jane Austen, parce que ça me plaisait et parce que toutes les auteurs de fanfictions que j’ai rencontrées, avaient lu « Orgueil et préjugés ».

Je me disais aussi qu’un internaute devait y trouver son compte, et donc que l’offre devait être variée…

La recherche d’œuvres de fans est comme une navigation à travers le monde, ce fut un vrai bonheur. Si on clique sur le profil d’un deviantatiste on voit sa photo, son âge, comment il ou elle se présente, et parle de son art. C’est très agréable et étonnant à la fois. Cela a pris du temps car j’avais besoin des accords de chaque fanartiste. Il fallait expliquer surtout que je n’allais pas me moquer d’eux, rassurer les cosplayeurs.

Après, je sais bien qu’il existe déjà tellement de lieux pour exposer les œuvres de fans, des lieux merveilleux comme AO3, mais cette partie Galerie, c’est aussi une manière de raconter mon sujet. Cela raconte les fandoms, leurs classements, cela dit la profusion, cela dit les débutants et les semi-pros. C’est une invitation à la découverte pour un internaute étranger au fandom. Pour certaines personnes ce sera la première fois qu’ils tomberont sur un cosplay ! Si cet internaute a un peu de curiosité, il peut savoir pourquoi ce cosplay a été fait comment il a été fabriqué.

  1. Quand on voit la créativité des fans et leur réappropriation d’univers, de personnages, se posent des questions juridiques. Parfois, des tensions émergent avec la production comme lors de la PotterWar. Comment les fans envisagent ces tensions ? Quelle est leur position ?

A part celles et ceux qui utilisent Youtube, aucun des fans que j’ai croisés ne s’est ouvert d’une inquiétude à propos du droit.

Leur création se fait avec le plus grand respect pour l’auteur et dans un cadre non-commercial. Pour elles, écrire un disclaimer suffit amplement.

La loi française est ignorée. D’autant que les canons sont étrangers et que souvent on ignore l’existence d’ayants-droits en France .

La Potterwar est un formidable exemple mais c’est loin de chez nous.

Ici, on devrait parler de Tintin, par exemple. On devrait parler de Astérix. Deux œuvres comme celles-ci devraient avoir des dizaines de milliers de fanfictions ou de fanzines en leur hommage, dans un cadre non commercial. Mais tout est bloqué pour des questions de droit moral.

Les youtubers sont les plus inquiets, leurs vidéos sont bloqués, parfois ils craignet d’avoir « des avocats à leur porte » . L’image et la musique surtout sont des domaines très protégés.

Les fans transformatifs non parodiques, c’est-a-dire tous les personnages de Citizen Fan sont en infraction avec la loi. Les ayants-droits français pourraient tout interdire, mais comme les auteurs américains et japonais sont bienveillants avec les fans, ces blocages n’ont pas lieu.

La loi n’est pas appliquable. Il faudrait la revoir et autoriser les usages transformatifs non commerciaux. C’est la raison pour laquelle, j’ai voulu que Lionel Maurel intervienne dans Citizen Fan. Il commente ce que disent les fans et soulignent le décalage entre la loi et les mœurs. Son analyse est précieuse, il m’a beaucoup aidé à comprendre le phénomène et ses enjeux.

Entretien avec Emmanuelle Debats : « a propos de Citizen Fan » – Part 1

Citizen Fan (http://citizen-fan.nouvelles-ecritures.francetv.fr/) est un webdocumentaire consacré à la fan culture et aux activités de fans. La réalisatrice Emmanuelle Debats est allée à la rencontre de fans qui pratiquent des activités créatrices comme la fan fiction et le cosplay pour comprendre ce phénomène. Le résultat est réussi et replace le fan dans un position de récepteur actif, producteur, et créatif.

Nous avons interrogé Emmanuelle Debats sur son webdocumentaire, la génèse de ce projet mais également sa découverte d’un phénomène culturel et social participatif et créatif.

1. Bonjour Emmanuelle, pourriez-vous nous raconter la genèse de votre projet ? Comment et pourquoi avez-vous décidé de travailler sur les fans?

Bonjour, et merci pour votre intérêt concernant Citizen Fan.
Au départ, je ne suis pas une spectatrice de séries télévisées et je suis tombée par hasard sur la fin d’un épisode de Castle qui m’a étonnée. J’ai commencé à regarder cette série d’une manière un peu déraisonnable. J’ai été prise au dépourvu par l’intérêt que je lui portais. C’est le fait de sentir que je subissais quelque chose comme un « charme » qui a déclenché une introspection, surprise par l’impact que cette série avait sur moi.

J’ai découvert les sentiments mêlés qui accompagnent la fanitude et cherchant sur internet, je me suis rendue compte que d’autres personnes vivaient la même chose que moi. A ceci près, que ce qui était de l’ordre de l’intime en moi, eux en parlaient dans internet.

Ensuite, j’ai vu ce que les fans créaient : la fanfiction et le vidding, les montages photos. Autrement dit, j’ai vu l’appropriation, la matérialisation, dans des vies très variées, du fait que les héros nous aident à vivre et nous poussent à créer nos vies imaginaires.

C’est en Janvier 2011 que j’ai formulé l’idée de faire « un documentaire sur les fans de Castle ». J’étais fan de Castle et j’avais besoin de rencontrer d’autres fans de Castle. C’est un point important dans ma motivation pour faire ce documentaire. Le fait que j’éprouve ce besoin de rencontre, m’intriguait aussi beaucoup.

Je voulais comprendre un phénomène psychologique dont je me disais qu’il était aussi un phénomène sociologique, même si je n’en avais qu’une vague intuition à partir de peu de connaissances.

Quand j’ai découvert tout ce que faisaient les fans, je me suis dit «mais ma parole, ils sont fous ! » . Je suis tombée des nues. C’est un bon point de départ pour travailler, je trouve.

Mais ce que j’appelle leur « folie » m’a surtout montré un versant de mon sujet, auquel je n’aurai jamais eu accès, qui est que les héros ont une autre vie. J’aurais bien aimé que Citizen fan s’intitule « l’autre vie des héros ». C’est-à-dire, que Kate Beckett a plusieurs visages. Elle n’est pas juste celle que Marlowe a créée mais aussi celle qui soutient Madoka, Vanessa, ou CBWritter dans leur quotidien et leurs vies de femmes.

Or , pour une fan du canon, plutôt basique, comme je l’étais, il était perturbant que d’autres que Marlowe, s’immiscent, interviennent, jouent avec cette icône.

Je me suis dit qu’il fallait comprendre ce qui me perturbait. J’ai commencé à lire Jenkins et Certeau (grâce à Jenkins !) Helleksson et Busse. Eclairé par leurs analyses, le sujet a pris toute sa consistance à mes yeux.

  1. Avant de commencer ce projet, quelle était votre vision du fan ? Qu’a changé ce projet par rapport à cela ? Quels aspects vous ont le plus surprise chez les fans ?

Avant de commencer, je n’avais aucune vision du fan. Je n’utilisais pas ce terme. Le mot n’avait pas vraiment de connotation.

On m’aurait demandé « Que pensez-vous des fans de l’OM, de Claude François ou d’Elvis  ? », j’aurais dit que ça m’était étranger, j’aurais trouvé ça un peu exagéré. Je ne savais pas que ce type de forte attraction existait vis-à-vis d’une série télévisée.

J’ai dû intégrer le mot « Fan » en cours de route, je ne sais plus trop à quel moment mais sans doute en même temps que la Fan Fiction. J’ai mélangé fan et fan transformatif.

Ce mot de fan, en revanche, a beaucoup inquiété et déplu autour de moi, à commencer par certains membres des équipes de France Tv. A cause de ce mot, on a levé des barrages sur ma route. Heureusement, que la décision finale sur notre chaîne publique, appartenait à Boris Razon, qui est un homme ouvert et qui ne s’arrête pas aux clichés.

Je me souviens de quelqu’un de chez Orange qui m’a dit « c’est incroyable, vous parlez comme une fan ! » comme si je parlais une langue étrangère. A l’IRI où j’étais aller présenter mon projet, ils m’ont dit « Nous, nous les nommons « amateurs » nous préférons ce terme au mot « fan » ». Finalement, le mot « Fan » était un « gros » mot  !

Le fait de travailler sur Citizen fan m’a permis de mettre des visages et des vies sur un phénomène et de recevoir beaucoup de marques d’affection. La plupart des fans que j’ai rencontrés ont été très généreux de leur temps et de leur art.

J’ai découvert une grande énergie créatrice qui est accompagnée de tendresse ! Je pense que le projet m’a fait découvrir un type de création, qui prend sa quintessence sur le web et qui est partageuse, joyeuse, décomplexée, gratuite et sans normes. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir ses critères d’exigence parfois aussi baroques que le phénomène.

Les fans m’ont surprise tout le long et ça continue…Je peux citer certains aspects mais il m’est difficile de synthétiser. Si je pense aux bronies, j’ai été stupéfaite de leur culture générale et de leur dynamisme ; chez Harry Potter, je vois des gens qui s’expriment et analysent leur vie, et celle des autres, avec une pertinence qui m’étonnent ; les fans de Castle forment une famille où les interactions et les stimulations sont grandes…

Bref, je pense que le plus surprenant reste pour moi, leur grand nombre, leur distribution sur le territoire, tout de même encore reliée, je pense, aux usages télévisuels (à vérifier) et aussi le fait que leur éducation ou leur classe sociale, m’ont semblées imprévisibles.

Enfin, ne faut-il pas s’étonner du peu d’écho qui est fait à leur création, pour le moment en France ? Les pratiques des fans, leur bonheur et la générosité des fandoms sont pourtant fascinants.

  1. Dans le webdocumentaire, vous mettez en avant les activités de fanfictions et de cosplay en particulier. Pourquoi ? Quelles sont les spécificités de ces deux activités pour les fans que vous avez interrogés ?

Je suis littéraire. J’aime lire. J’aime les auteurs.

J’ai commencé par la fanfiction parce que c’est ce que j’ai découvert en premier. Lire va de soi pour moi. Echafauder des hypothèses scénaristiques à partir d’une histoire, me plaît aussi beaucoup et c’est ce que font les fanficceurs. Ensuite, j’ai appuyé mon scénario sur la pratique de la fanfiction parce que c’est plus facile à comprendre que le vidding, notamment, sur lequel on peut tomber rapidement sur le web mais qui est impossible à comprendre par un non-fan. Or, je devais convaincre des interlocuteurs chez France Télévisions qui étaient des non-fans. Parler d’écriture me semblait un atout, un argument rassurant, noble.

Quant au cosplay, c’est tout l’opposé, j’ai tout d’abord évité le sujet ! Je me disais qu’avec certains de mes interlocuteurs, déjà insensibles à la beauté de la fanfiction, j’allais avoir toutes les difficultés à faire admettre le cosplay. C’est lors de mon premier tournage à Paris Manga, où j’étais allée filmer Orphée et ses « Props » de Stargate, que j’ai découvert l’impact visuel du cosplay.

En plus, dans les allées de Paris Mangas, je ressentais une sorte de bonheur un brin mystérieux, comme on en a, quand on voit les cosplayeurs. Je me suis dit qu’il n’était pas possible de traiter de ce sujet, des créations de fans, sans traiter du cosplay, qu’importent les difficultés.

Jenkins en parle d’ailleurs et je me trompe peut-être mais je dirais que, historiquement, le cosplay est aux fondements des activités de fans…

Je regrette de ne pas avoir pu discuter avec des universitaires qui travaillent sur la culture populaire, pour avoir des pistes de réflexions. Les zombies qui ont récemment pris la rue dans Toulouse, est-ce que c’est une nouvelle forme de Carnaval ? Est-ce que ça peut avoir un rapport avec la complexité des costumes et des masques de Limoux par exemple ?

Les spécificités de la fanfic sont, d’après moi, pour les fans que j’ai interrogés, finalement assez proches de celles des cosplayeurs. Ce ne sont pas les mêmes personnes mais leurs démarches se rejoignent. C’est une prise de parole. « Oser prendre des risques ! » dit CB Writter.

C’est une entrée sur scène. On se met à nu, on se montre, on fabrique, on se bataille pour faire. Il y a une envie de faire qui est terrible. L’engagement personnel est indispensable, « On ne va pas parler de sujet dont on se fout » La Silvana. Même si on montre une version imaginaire de soi-même. Myriam n’est pas presque nue, sur le bord de la plage, elle est La petite sirène.

Les auteurs de fanfic, disent bien le plaisir à se « planquer » derrière un perso (La Silvana) ou le « nombrilisme » à être une Kate Beckett (Madoka).

Je pense qu’il y a une partie «masque » dans l’écriture des fanfics, exactement, comme dans le cosplay. Les cosplayeurs ont besoin d’être pris en photo, de manière préparée ou de manière impromptue. Ce regard sur eux « masqués en l’autre », est leur carburant. Ils reçoivent vraiment, réellement, des commentaires et des encouragements, une reconnaissance, que ça soit dans les allées des conventions, autant que sur les forum.

Ils font du théâtre (Myriam) comme les auteurs de fanfictions (cf. Francesca Coppa) et ils ne sont plus eux-mêmes (Orphée ou Madoka) .

Une des spécificités communes réside dans le fait de se dépasser.

Toujours bien se faire relire, reprendre tout depuis le premier chapitre pour la fanfic; se lancer dans de grandes difficultés conceptuelles, techniques ou financières, pour le cosplay.

On pourrait trouver aussi des différences entre ces deux arts mais j’aime mieux parler de ce qu’ils ont en commun.

  1. Il y a un aspect genré dans votre travail. Vous posez la question d’une « activité féminine ». Qu’en est-il ? Quelles sont les caractéristiques en termes de genre ?

Oui, j’ai voulu traiter de cette question dans Citizen Fan.

D’abord, parce que je n’ai rencontré que des filles pendant des semaines.

Les trois garçons que j’ai croisés, dans Castle, ne pratiquaient pas la fanfiction mais le travail sur photoshop, à une exception près et celui-ci cachait son activité numérique à sa famille. Un autre m’a clairement dit « si je devais écrire une fanfic, il faudrait que je me mette en scène moi-même à l’intérieur, d’une manière ou d’une autre. ».

Ensuite, même quand j’ai élargi à d’autres fandoms, en mangas et en Harry Potter, Hunger Games, Teen wolf, et je n’ai encore trouvé que des filles.

Le fait que j’étais axée sur la fanfiction (et le vidding,) en était probablement la raison.

Il a fallu que je me mette en quête de garçons, spécifiquement.

Je suis heureuse d’avoir insisté auprès d’Alixe pour qu’elle m’aide à en contacter car j’ai découvert grâce à Code 44, le fandom des poneys (MLP).

J’ai remarqué que parmi les « faux bonds » , c’est-à-dire ceux qui m’ayant écrit une fois n’ont pas prolongé la conversation, je n’ai presque que des garçons.

Il est possible que témoigner dans un documentaire leur coûte.

Ensuite, quand j’ai ouvert mon sujet au cosplay et surtout à Youtube et aux fanfilms, les garçons sont apparus. Finalement, ils sont très nombreux dans les fanarts aussi.

Je me suis posé la question et je l’ai posée à tous mes persos. « Pourquoi est-ce que l’activité de fanfiction (et de vidding) est féminine ? » Il n’y a pas une seule et une unique raison à donner à cela. Et je crois qu’elles s’en fichent un peu. J’ai remarqué que toutes les filles que j’ai questionnées savaient que la pratique de la fanfiction est féminine. Lors des IRL, elles voient bien qu’il n’y a que des filles. Aucune ne savaient réellement pourquoi et pour aucune cela n’était apparemment vraiment important. Les slasheuses se savent lues par des filles uniquement, aussi.

Il y a pas mal de garçons parmi les béta-readers.

Quant aux poneys, tous savent que leur fandom est masculin et certains m’ont dit que ça faisait partie de l’intérêt du fandom, à leurs yeux.

Henry Jenkins quant à lui a été assez clair sur la féminité des fandoms. Il a prolongé la réflexion en la reliant à la question de la gratuité. Il m’a répondu que cette féminité des fandoms pouvait peut-être être liée au fait que ces activités sont amateures et gratuites. « Si c’est un choix pour une femme de rester dans cette économie du don-contre-don , alors pourquoi pas ? Mais, si au moment où elle voudrait passer « pro », une femme ne le fait pas en raison des idées reçues notamment, et préfère oublier son ambition et rester amateure, alors la société devait s’interroger. »

Il porte un regard particulier sur l’évènement « 50 shades », une femme battant cette fois tous les records. C’est peut-être un signe de changement.

Natacha Guyot, qui est une spécialiste des fans de jeux vidéo notamment, qui a publié des articles sur le sujet et pratique la fanfic, le vidding, le jeu de rôle depuis plus de 10 ans, relie le fait que les œuvres transformatives soient féminines au fait que les canons de l’industrie négligent le public féminin. Ce public féminin caricaturé et surtout mal compris est insatisfait. Elles transforment le canon afin de se satisfaire.

Appel à Articles : les fans studies : enjeux et perspectives

Parution d’un appel à articles pour la Revue Française des Sciences de l’Information et de la Communication.

Marginalisés jusqu’aux travaux pionniers de Henry Jenkins, Lisa Lewis et Camille Bacon-Smith (1992), les fans acquièrent aujourd’hui une nouvelle reconnaissance et une nouvelle visibilité grâce à la réappropriation des nouvelles technologies dans lesquelles ils voient un nouveau moyen d’exprimer leur passion et de se retrouver dans une même communauté. Les recherches récentes, surtout aux Etats-Unis tendent à analyser l’impact des nouvelles technologies sur les pratiques des fans (Baym, 2000 ; Pearson 2010 ; Booth, 2010 entre autres). Cette légitimité permet d’analyser un public de médias et de mettre en évidence des médiations culturelles et communicationnelles. Ces analyses ont fait l’objet de recherches dans les Cultural Studies américaines qui considèrent le phénomène des fans comme l’ultime exemple d’un public actif et producteur, qui met en place des formes de résistance aux industries culturelles. Comme le souligne Jenkins, « les fans de médias sont des consommateurs qui produisent, des lecteurs qui écrivent et des spectateurs qui participent » (Jenkins, 2008 : 212).

Les fans représentent non seulement un exemple de créativité mais également de performance et d’engagement en ce qui concerne les pratiques sociales et culturelles. La réception n’est plus juste assimilée à une consommation d’un produit culturel mais aussi à un déplacement continu entre créativité, choix tactiques, engagement (et parfois, refus, cela va de soi), et construction identitaire. La culture fan est une culture de la participation à travers laquelle les fans explorent et questionnent les idéologies de la culture de masse, en se positionnant parfois à l’intérieur et parfois à l’extérieur de la logique culturelle du divertissement commercial. Il est alors intéressant d’analyser ces récepteurs / producteurs dans le contexte actuel de mutations des environnements médiatiques et de l’avènement des nouvelles technologies.

Ce dossier de la partie « Emergences » de la Revue Française des Sciences de l’Information et de la Communication a pour ambition de témoigner et de mettre en valeur de la recherche francophone sur les études de fans. Il souhaite réunir des articles de chercheurs francophones travaillant sur des problématiques liées aux études de fans, quel que soit l’objet analysé (la musique, les séries TV, le cinéma, les BD…). Une attention particulière sera portée aux articles qui proposent des études empiriques et dont la méthodologie d’enquête assure une bonne connaissance ethnographique des phénomènes de fans.

Parmi les thèmes abordés, les articles pourront traiter de la définition des fans et à l’opposé des anti-fans ou des non-fans. Il s’agira alors de mettre en avant les caractéristiques mêmes des fans et de voir en quoi ils se distinguent. D’autres recherches pourront proposer une archéologie du phénomène fan pour essayer de comprendre en quoi leur rôle a évolué. Enfin, des productions pourront analyser une communauté en particulier, ou une activité de fans spécifique (fan fiction, live-tweeting, activisme…).

Modalités de soumission :

  • Les articles proposés feront l’objet d’une évaluation en double aveugle. Pour cela, les auteurs devront anonymiser leur article. Les propositions de communication seront à envoyer avant le 15 Décembre à Mélanie Bourdaa melaniebourdaa@yahoo.fr responsable du dossier sous la forme « NOM-fanRFSIC ».

  • Le Comité Scientifique est constitué des membres du CS du GREF (Groupe de Recherche sur les Etudes de Fans) https://etudesfans.wordpress.com/comite-scientifique/

  • Consulter http://rfsic.revues.org/401 pour le guide de rédaction d’un article.

L’activisme des fans de Harry Potter

Parmi les activités de fans, l’activisme et l’engagement civique sont celles qui impliquent le plus les fandoms dans des actions sociales et politiques. Selon la définition de Henry Jenkins, l’activisme fan « fait référence à des formes d’engagement civique et à une participation politique qui émerge de la culture fan elle-même, souvent en réponse aux intérêts partagés des fans (…). J’entends par civique ces pratiques qui cherchent à améliorer la qualité de vie et à renforcer les liens sociaux à l’intérieur de la communauté, définie par des contraintes géographiques ou non » (Jenkins, 2012, Transformative Works and Cultures). La communauté de fans va donc permettre de faire émerger, à travers des discussions et des actions, des désirs communs de défendre des causes sociales, caritatives ou politiques. L’exemple le plus édifiant de cet activisme des fans est la création de la Harry Potter Alliance (HPA) par Andrew Slack. Cette alliance compte aujourd’hui 100 000 membres à travers le monde et se bat pour diverses causes du droit au mariage homosexuel à la lutte contre le virus du SIDA aux Etats-Unis mais également dans les pays sous-développés. Les membres de l’Alliance ont créé des partenariats avec Médecins dans Frontières, Free Press ou encore The Gay-Straight Alliance. La HPA préfère rediriger son énergie vers des problèmes réels en un mouvement que Andrew Slack (co-fondateur) a qualifié d’ « acupuncture culturelle ». L’acupuncture culturelle favorise une participation civique en s’inspirant des problèmes de la fiction pour résoudre des problèmes de la vie réelle.

Mélanie Bourdaa a discuté avec Paul de George, co-fondateur de la Harry Potter Alliance, pour mieux comprendre les enjeux de cette Alliance, l’implication des fans dans les actions et l’importance de l’usage des réseaux sociaux pour cette association.

 

  1. Vous avez commencé votre projet en tant que fan de Harry Potter. Pourquoi avez-vous voulu inclure les fans de The Hunger Games ensuite ?

Les communautés de fans contemporaines comportent beaucoup de crossovers et cela se vérifie dans les pratiques de nos membres. Les fans de Harry Potter sont aussi fans d’autres productions culturelles : The Hunger Games, Sherlock, Dr. Who et d’autres. Henry Jenkins a introduit la notion de fans nomades que nous trouvons tout à fait pertinent dans notre travail avec les communautés fans.

  1. Comment choisissez-vous vous les actions que vous menez et les causes que vous souhaitez défendre ?

Nous n’avons pas une méthodologie spécifique pour choisir nos actions. Certaines sont suggérées par les membres de l’Alliance eux-mêmes. Par exemple, un membre qui avait connaissance d’abus des droits de l’homme dans les plantations de cacao est venu nous voir car il était inquiet à propos des origines des barres chocolatées vendues par Warner Bros. pour promouvoir Harry Potter. Cela a conduit à la création de la campagne « Not in Harry’s Name ». Nous sondons nos membres et cela a permis de renforcer notre engagement en faveur du droit à l’éducation et des droits LGBTQ. Et parfois nos campagnes évoluent en parallèle de questions politiques et de société, comme ce fut le cas pour la campagne « Odds in our favor ». Les inégalités économiques sont rapidement devenues un sujet politique important pour nos membres et The Hunger Games est la production culturelle la plus pertinente pour aborder ce sujet.

  1. Comment utilisez-vous les médias sociaux et en quoi cela vous aide-t-il à faire circuler vos actions ?

Les médias sociaux sont au centre de nos actions et ils répondent à notre philosophie : aller à la rencontre des fans là où ils se trouvent. Nous avons utilisé la passion et l’enthousiasme que les fans ont pour ces histoires et les avons utilisées à des fins sociales et politiques. Bien entendu, nous rencontrons également les fans comme ils le souhaitent et cela signifie connaître leurs pratiques médiatiques et leur environnement numérique.

Les réseaux sociaux sont gratuits et cela est important pour une association à but non-lucratif avec un budget serré. Les médias sociaux peuvent également être utiles pour amplifier la portée d’une action parce que cela nous permet de toucher les réseaux des membres de l’Alliance, qui s’étendent souvent bien au delà des fans hard-cores engagés. Nous élaborons des actions pour qu’elles touchent les fans les plus fervents, mais des actions suffisamment intelligentes pour que les fans moins actifs les apprécient et participent.

  1. Comment mobilisez-vous les fans autour de vos actions ?

Je pense que les gens cherchent des opportunités pour faire la différence, pour améliorer leurs communautés et pour s’entre-aider. Nous souhaitons offrir cela mais aussi être un endroit qui célèbre la culture identitaire de chacun. Par conséquent, nous utilisons les histoires et la communication faite autour de ces histoires pour rassembler les fans autour de causes spécifique.

Beaucoup de personnes ont une idée fausse de la façon dont elles peuvent aider. Il y a des problèmes d’imagination dans les organisations à but non-lucratif et cela se traduit par une approche limitée du changement social dans laquelle les associations disent à leurs membres que la seule façon d’aider est de faire un don.

La Harry Potter Alliance n’est pas une association d’aide directe. Les services que nous fournissons ont trait à l’éducation, à la professionnalisation, et nous proposons des espaces d’échanges et d’actions pour apprendre aux jeunes à s’engager de façon civique. Notre programme « Chapters » (des filiales locales de la HP Alliance) en est peut-être le meilleur exemple. Nous avons un peu plus de 220 « Chapters » dans 20 pays sur les 5 continents. Les « Chapters » participent souvent à nos campagnes, mais ils fonctionnent également de façon autonome et font un travail extraordinaire dans leurs propres communautés. C’est là que nous voyons l’impact de notre organisation. Pas seulement à travers leurs actions, mais parce que les organisateurs de ces « Chapters » deviennent eux-mêmes leaders du changement social.

  1. Pourquoi avez-vous choisi de développer votre campagne « Odds in Our Favor » sur Tumblr ?

Nous avons identifié Tumblr comme le point nodal de ces communautés nomades de fans dont nous parlions plus tôt. Il existe d’autres fandoms plus anciens (Star Wars, Star Trek,…) et il se peut qu’ils interagissent sur d’autres plateformes et d’autres réseaux. Mais la plupart des activités quotidiennes des fandoms actuels – et cela concerne également des fandoms avec lesquels nous n’avons pas encore travaillé comme Game of Thrones par exemple – se passent sur Tumblr et sont ensuite partagées sur d’autres plateformes.

  1. Pensez-vous que les fans acquièrent du pouvoir grâce à ces actions politiques et sociales ?

Absolument. Un de nos rôles est de légitimer les fandoms. D’un point de vue extérieur, les fans peuvent paraître socialement effacés. Mais en réalité, c’est une communauté de personnes partageant les mêmes passions et le même enthousiasme. Donc quand vous avez la possibilité de proposer des projets motivants et faisant sens à cette communauté, cela permet d’exacerber le côté positif à la fois pour les membres de l’Alliance et pour le public en général.

Les recherches menées par Henry Jenkins ont montré que beaucoup des jeunes membres impliqués dans la HP Alliance n’étaient pas spécialement engagés politiquement et civiquement avant. Ils se servent des nouveaux médias de façon innovante, mais sont souvent à la marge des décisions et du processus politiques. Notre travail a aidé à créer une identité politique et civique pour ces jeunes membres qu’ils continueront à avoir pour le reste de leur vie.